Jeudi dernier, grâce à Fantaisie Prod, je me rendais à l’Oméga Live de Toulon pour assister au standup de Kheiron. Le mec que vous avez vu dans la série Bref ou encore dans le film Nous Trois ou Rien a pris le temps de répondre à mes questions quelques minutes avant de monter sur scène. Cool, détendu, naturel… durant plus de 20 minutes, on a tapé la convers’ en toute décontraction. Je lui ai promis de ne pas publier notre photo ici car il n’était pas fan de ses fringues ce jour-là !

 

Tu sais exactement ce que tu vas raconter sur scène à Toulon ?

Pas du tout. Le tout début et la fin sont toujours pareils. Après, c’est un peu comme le livre dont vous êtes le héros. Je fais des choix tout au long du spectacle en fonction de là où le public veut aller. Entre les deux spectacles que je joue ce soir, il peut y avoir 10% de spectacle pareil comme 90% de spectacle pareil. J’ai joué à Paris pour la Saint-Valentin, j’ai senti que c’était un public qui voulait du cul. Tout ce que je tentais d’autre fonctionnait moins. J’ai donc fait une demi-heure de cul. Quand je vais dans des salles assez multi-culturelles, je m’amuse plus sur les origines, quand la moyenne d’âge est de 30 ans, je ne réagis pas comme quand elle est de 60 ans. Vraiment, je m’adapte du début à la fin. Ce que je peux leur garantir, c’est des rires du début à la fin. Ça peut être une soirée cool ou ça peut être une soirée extraordinaire, ça ne dépend que des gens.

 

Que de l’improvisation, vraiment ?

Ce serait mentir que de te dire que je monte sur scène sans savoir où je vais, c’est très écrit en réalité. C’est impossible de faire rire les gens pendant une heure sans rien écrire. Je ne sais juste pas quelle partie je vais faire. C’est comme de la magie, ce qui impressionne les gens c’est la sensation d’improviser. A force de jouer et de vivre des situations, j’ai des blagues en tête pour chacune. J’ouvre des tiroirs à blagues grâce à des questions que je pose au public.

 

Le public a peur de toi ?

Au début de chaque spectacle, je demande qui ne veut pas que je lui parle. Ceux qui lèvent la main, je ne leur parle pas de la soirée. Le plus drôle c’est que lorsqu’il y en a, ce sont bien souvent des gens qui participent vers la fin. C’est un peu une fête à laquelle ils se sentent exclus, donc ils ont finalement envie de rentrer dans le délire.

 

Kheiron Toulon interview

Demain je te propose de jouer dans une grande salle devant plusieurs milliers de personnes…

Je déteste ça. Si tu fais le calcul, sur Paris, je joue dans une salle de 500 places cinq fois par semaine. Je pourrais faire un Olympia par semaine si je le voulais depuis 4 ans. Mais ça ne m’amuse pas… J’ai besoin d’être au cœur du public. Si je joue dans une grande salle, mon spectacle deviendrait un show comme un autre, alors que jouer dans une petite salle lui fait prendre une dimension qu’aucun autre spectacle ne peut obtenir. Tu verras, le spectacle n’est pas que sur scène, il est dans toute la salle.

 

Ça va faire 3 années que Messmer l’hypnotiseur passe ici au Zénith de Toulon, tu lui ressembles un peu finalement non ?

J’adore Messmer, je l’ai vu quand il venait d’arriver en France dans une toute petite salle de spectacle de 130 personnes, il n’était pas encore connu. Ce n’est pas un magicien mais il m’a bluffé, je trouve cet homme hyper talentueux. Sans vouloir me comparer, car nous ne sommes pas dans le même domaine, la mécanique est la même. Messmer n’est pas le seul sur terre à faire ce qu’il fait. Cela veut dire qu’il y a un truc. Pour le comprendre, il faudrait le suivre 5-6 fois. C’est pareil pour mon spectacle. Si tu reviens le lendemain, tu pourrais être déçu en te rendant compte que des trucs pouvaient être écrits.

 

Kheiron Oméga Live Toulon

 

Sur scène, aucun filtre ?

Je dis les choses sans méchanceté mais avec vérité. Il y aura toujours une vanne derrière. Je ne serai jamais otage de mon public. Jamais. A Paris, je fais partie des plus gros remplisseurs mais je n’ai jamais de fans hystériques. Je suis en sincérité, je n’aime pas avoir des fans, je déteste ça. J’adore avoir des gens qui aiment mon travail. Même quand je suis dans le métro et qu’on vient exprès me parler je le dis clairement, je n’ai pas envie de parler ni qu’on me saoule. Je ne suis pas irrespectueux et je ne me la raconte pas, je ne suis juste pas à la disposition des gens. J’ai déjà vu des collègues artistes qui devaient prendre des photos à la sortie de la salle, les gens étaient bourrés et les artistes n’étaient vraiment pas dedans même s’ils souriaient car s’ils ne le faisaient pas ils se seraient mis les gens à dos.

 

Pas de mise en scène, pas de jeux de lumières… c’est un peu osé non en 2017 ?

Chaque artiste de standup a envie de mettre quelque chose en valeur lorsqu’il monte sur scène. Il va incarner des personnages, il va faire du mime, il va jouer de la musique… Moi, la seule chose qui m’intéresse, c’est le rythme. Je veux que quand on sort de mon spectacle, il y ai eu un rire toutes les 7 secondes. Quand tu as un concept, il faut sacrifier des choses. Si on se compare au cinéma par exemple et qu’on prend le film The Artist, il y a un concept, c’est le noir et blanc. Ils ont donc sacrifié la parole. Il y a des choses qui sont plus simples à dire dans un film qu’à les montrer visuellement. Mon concept, c’est que je parle aux gens, j’interagis du début à la fin, et du coup je ne peux pas éclairer la scène comme si c’était un spectacle sur scène. J’ai une lumière globale pour la salle, qui reste allumée pendant le spectacle.

 

On te voit maintenant au cinéma. C’est pas trop frustrant de devoir apprendre par cœur ses textes et les répéter tels quels ?

La chance que j’ai, c’est que je suis aussi auteur, réalisateur et humoriste. Quand on vient me chercher en général, on me choisit pour toutes ces qualités là. Et comme je suis auteur, je sais reconnaître une bonne vanne, et quand elle n’est pas bonne, je peux apporter un truc en plus, on me fait confiance. Dans le film Les Gamins, j’étais en improvisation totale, le réalisateur m’a totalement fait confiance, rien n’était écrit. Sur mes films, Nous Trois ou Rien, ou encore le prochain, je suis auteur, donc c’est moi qui écrit les blagues. Si sur place, une blague ne fonctionne pas, on ne la tourne pas pour rien. Non, ce n’est pas frustrant, c’est un autre métier.

 

 

Ce n’est pas le métier d’acteur qui me passionne le plus. Entre la scène et cinéma, c’est bien sûr la scène. Je trouve le métier d’auteur de cinéma plus difficile que celui d’acteur. Ecrire un bon scénario, c’est dur. Il y a moins de bons auteurs que de bons acteurs.

 

Il parait que tu récoltes les adresses e-mails de tes spectateurs

Comme j’ai plusieurs heures de spectacles et que je veux que les gens reviennent voir ce qu’ils n’ont pas vu et que je ne sais pas ce qu’ils ont déjà vu, je ne peux donc leur garantir un 100% de nouveauté. S’ils repayent et qu’ils revoient quelque chose qu’ils ont déjà vu, ils vont être déçus. Pour ne pas que ce soit le cas, on prend leurs e-mails et on les invite à vie. Quand tu m’as vu une fois sur scène en spectacle, tu peux revenir autant de fois que tu veux, n’importe où. Chaque soir, on a 5-6 invitations dédiées à ça. Et puis bon, c’est un formidable outil de communication il faut bien l’avouer.

 

Mon spectacle coûte très cher aux gens mais quand tu me vois sur scène, tu ne comprends pas pourquoi : il n’y a qu’un mec, il n’y a pas d’auteur, pas de metteur en scène, pas de jeux de lumière, pas de son, pas de décor. Tu as juste un pauvre tabouret qui traîne avec une petite bouteille d’eau. Tout ce qui coûte cher, c’est ce qu’il y a derrière : on offre des belles affiches à l’ensemble du public, les déplacements, la gestion des adresses e-mails…

 

Dans les salles où je joue, très souvent, il n’y a pas de placement numéroté. Parce qu’en général, ceux qui sont assis devant ont payé plus cher, et je n’aime pas ça. Les gens se mettent où ils veulent, et s’ils m’aiment, ils viennent tôt. T’as pas un mec qui arrive 10 minutes en retard et qui se met devant tout le monde parce qu’il a payé 10 € de plus. Il y a une semaine, j’ai séparé un groupe car le mec gardait des places pour 4 personnes. Je lui ai dit clairement qu’il devait bouger pour laisser la place.

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