Vendredi 2 août 2013, les Arènes de Fréjus réouvrent leurs portes pour une nouvelle saison du festival Les Nuits de Fréjus.
Ce soir, c’est Patrick Bruel qui fait l’ouverture. L’artiste a accepté de nous accorder une interview juste après son passage du scène. Bien que fatigué par le show (et il y a de quoi vu l’énergie qu’il partage avec le public), il n’a pas hésité à répondre à nos questions, une dizaine de minutes avant de quitter les lieux les cris du public qui l’attendait à la sortie du site. Interview.

Comment on se sent quand on sort de scène ? On a pas l’habitude de voir les artistes après les concerts…
Avant on a pas grand chose à dire, à part les choses que l’on a déjà dites. Avant le concert, on parle de supputations que l’on a avec le spectacle, des questions sur ce que ça va être. Ça ne m’intéresse pas de parler avec les journalistes avant un concert, mais ça m’intéresse de parler après, une fois qu’ils l’ont vu. Pour échanger une émotion, quelque chose que vous avez ressenti. Nous ce qu’on vit tous les soirs c’est au delà du réel, une chose indescriptible, comprise que par les gens qui ont vu le spectacle. Le meilleur ambassadeur pour transmettre ces émotions, c’est le public. Je suis très heureux sur scène, je me sens à la fois vidée, mais aussi plein, rempli de quelque chose fort.
Six ans après le précédent album, vous aviez hâte de retrouver cette énergie avec le public ?
Je ne l’ai jamais quitté. J’ai fait plusieurs tournées, même tout seul à la guitare. Mais je voulais faire quelque chose avec le groupe, j’avais envie de retrouver la scène de toute façon, partir avec un groupe, composer, peaufiner… Là, on est un groupe. J’ai toujours eu des groupes, mais là, on est vraiment haut.

Vous avez dit que c’était peut-être une de vos meilleures tournées, pour quelles raisons ?
Je pense qu’elle fait la synthèse de toutes les tournées. Il y a la ferveur, l’enthousiasme, la folie, des années 90, le charme de la tournée des années 30, il y a aussi le côté très rock de la tournée 95. C’est une synthèse de cette relation avec le public, vraiment indescriptible. C’est une relation qui n’a jamais faibli, qui est sans faille depuis le début. Et aujourd’hui, on est à un point culminant. On peut voir des jeunes entre 15 et 20 ans chanter des chansons que j’ai écrites en 88/89. Des chansons que leurs parents chantaient à cette époque. C’est formidable. On se dit que les tubes traversent le temps et que tout le monde les connait mais là les jeunes chantaient avec moi des chansons qui ne sont pas des tubes, des trucs qui étaient vraiment en intimité entre le public et moi. C’est très touchant.
Il y a 30 ans, vous rêviez de tout ça, de vous retrouver là encore ce soir… ?
Je ne me suis jamais projeté dans l’avenir. Je n’ai jamais eu cette faculté, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai écrit la chanson « Si on se donnait rendez-vous dans dix ans ? ». Je n’en avais pas la moindre idée, puis je ne sais toujours pas ce que je ferais dans dix ans, même dans deux heures (rires). Dans le plus doux des rêves, j’imaginais pouvoir vivre de mes passions, être acteur, être chanteur, musicien, pouvoir partager tout ça. Le plus difficile était que ça tienne… La plus belle satisfaction, c’est le public qui sort des salles et qui n’est pas trahi. Puis il le dit, c’est lui le plus bel ambassadeur. Puis sur cette tournée, il y a quelque chose en plus, je ne saurai pas vous dire ce que c’est exactement, de l’audace peut-être, mais tout reste très cohérent.
Dans votre album, on retrouve une chanson avec La Fouine, au niveau défi artistique, vous vouliez surpasser un stade ?
Non, c’était une évidence. J’écoute du Hip-Hop depuis toujours, j’ai même produit le premier rap français quand j’avais 20 ans, Chagrin d’Amour, « Chacun fait ce qui lui plait », on a fait ça avec une bande de potes en rentrant de New York, avec Presgurvic. Le Rap n’est pas du tout étranger à ma culture, ni à ce que j’écoute. C’est une musique que j’aime, je me sens bien là-dedans, ce moyen d’expression. Cette chanson sur le harcèlement sur Internet, c’est un sujet très urbain, d’actualité. Puis j’ai proposé à La Fouine, un homme exceptionnel, un vrai talent. Dernièrement, on l’a légèrement orchestré, de manière new-wave anglaise, puis le coup de batterie vient ponctuer et remercier les gens qui m’accompagnent de partout et que j’aime.
(Quelques groupies crient « Patrickkkk » à quelques mètres du lieu où nous faisons l’interview, nous sommes pourtant séparés par des palissades qui n’auront visiblement pas suffit à tromper leurs oreilles affûtées. Il n’hésite pas à leur répondre avec le sourire et confirme une nouvelle fois sa proximité avec son public)

C’est comme ça depuis 30 ans ?
Oh ! 27 ! Arrêtez de me vieillir (rires) ! Ma première tournée, c’était en 1987 !
On se demandait tout à l’heure comment un public si large peut vous suivre. Vous jouez aussi avec Internet, vous avez déclaré lire tous les « tweets » après vos concerts, c’est vrai ?
Oui, je les lis pratiquement tous, enfin je les parcours, mais bon, il y en a pas tant que ça non plus. Quoi qu’ils sont 80 000 sur Twitter, et depuis peu, 400 000 sur Facebook. On va bientôt beaucoup plus et beaucoup mieux utiliser les réseaux sociaux : Créer des événements inédits, par exemple leur filer rencard dans un lieu juste pour deux chansons, ou bien encore faire des chats. J’aime cette proximité, c’est vraiment agréable
Est-ce que le secret au final, c’est ça ? Toujours innover pour ne pas s’ennuyer ?
En fait, je ne m’ennuie pas, jamais. Je ne connais pas ce sentiment, je ne me suis jamais ennuyé, même quand j’étais petit. Mon fils parfois me dit « je m’ennuie », c’est bizarre pour moi d’entendre ça. J’ai toujours gardé intacte ma capacité d’émerveillement. Je trouve ça fascinant, les jeunes aujourd’hui, la technologie… il y a tellement de gens qui disent que c’était mieux avant, je ne sais pas ce qu’il y avait avant mais c’est juste incroyable aujourd’hui. Mais il faut être vigilants sur tous les effets pervers de ces nouveautés, tout le temps, c’est ce que dit ma chanson. Aujourd’hui voir arriver les 15-20 ans dans la salle, c’est une nouvelle génération qui arrive, j’adore ! Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu d’ados dans mes salles.

Un mot pour définir tout ce que vous faites : le jeu, la musique, le cinéma… ?
Le poker on ne peut pas le mettre sur le même niveau, c’est juste un hobbie. Autrement le dénominateur commun de tous ces domaines c’est la passion. Je ne fais que des choses qui me surprennent, qui m’étonnent, j’aime être en mouvement. Qu’il soit artistique, intellectuel ou encore lyric je veux toujours aller vers autre chose et ne pas rester en position stagnante. C’est sûrement cette adrénaline qui me fait avancer, en particulier grâce à l’engouement du public.
Merci encore à l’artiste pour sa disponibilité et son accueil ! Retrouvez également la galerie photos du concert via notre album photos.


