Comme vous avez pu le constater depuis quelques jours, nous vous offrons des places pour les concerts de Malted Milk & Toni Green et Scarecrow qui se déroulera à Toulon ce vendredi. Si vous n’êtes toujours pas convaincus des bienfaits de vous y rendre, Christine Manganaro est allée à la rencontre d’Arnaud, chanteur, guitariste et fondateur de Malted Milk, il y a quelques temps pour lui poser quelques questions. Découvrez l’interview ci-dessous.

Arnaud, tu es l’un des membres fondateurs du groupe Malted Milk et donc tout désigné pour nous rappeler brièvement l’histoire de cette formation ?
A son origine en 1997, Malted Milk n’était pas un groupe mais un duo qui s’est étoffé quelques années plus tard par l’arrivée d’un batteur et d’un bassiste. Un second guitariste est venu renforcer la formation à partir de 2005, mais c’est seulement depuis 5 ans qu’une section cuivres est venue compléter le line-up. Ils sont généralement deux, et de temps en temps trois, quand on peut se faire plaisir.
Tu parles de « plaisir » et c’est exactement ce qu’on prend en pleine figure lorsqu’on vous découvre sur scène : le plaisir évident que vous avez à jouer ensemble !
Oui, on essaye toujours de prendre du plaisir autant que d’en donner ! Même si pour certains d’entre nous ça fait un moment qu’on tourne ensemble, au fil du développement du groupe, on a toujours fait en sorte que chaque nouveau musicien trouve sa place. On essaye de garder cette fraîcheur et chaque moment partagé est toujours comme une nouvelle histoire. Du coup, Malted Milk constitue un ensemble cohérent, une grande famille en quelque sorte !

L’autre particularité assez fascinante de Malted Milk c’est que vous êtes un groupe Nantais et que vous jouez une musique gorgée de soul, comme si vous en étiez de purs héritiers ! C’est toi qui es à l’origine de cette inspiration ?
En fait, au départ, je faisais beaucoup plus de blues traditionnel, vraiment roots ! Pour moi, c’est la base de la soul-funk qu’on joue aujourd’hui. Avec ce blues en filigrane, je pense qu’effectivement c’est ce qui me permet d’apporter une profondeur à notre musique et de lui donner cette âme particulière.
Mais quand on est Français, faire sonner le blues et faire vibrer la soul comme vous le faites, ça relève d’un don… presque d’un miracle !?
(rires) Un miracle non ! Si ce n’est celui de la passion que partagent tous les musiciens du groupe. Malted Milk reflète une culture musicale hyper large et on peut citer plein de musiciens qui nous ont influencés et nous influencent encore. Ce mélange de goûts très différents constitue les fondements de nos projets mais nous permet aussi d’avoir en permanence de nouveaux champs d’exploration. C’est ce qui se passe pour chacun de nos albums.

Et là, vous en êtes à combien d’albums ?
Officiellement, et sous le nom de Malted Milk, on en est au troisième album (live) sorti en mars 2014. Mais depuis, il y a eu la sortie en octobre dernier de l’album « Milk & Green », un nouveau projet justement, qui nous tient vraiment à cœur !
Et bien justement, parlons de cette actualité et votre nouvelle recrue, Toni Green…
Toni est une chanteuse noire Américaine originaire de Memphis et donc élevée et nourrie à la soul music. Car Memphis est l’un des berceaux du blues, du rock et de la soul aussi, à en juger par les labels qui s’y sont implantés et qui ont fait les beaux jours de ces musiques : Stack’s et High records par exemple ! Bref, quand on va aux Etats-Unis, on se rend compte qu’il n’y a pas de barrières entre tous ces courants, toutes ces musiques, et nous on a voulu pousser le bouchon un peu plus loin en faisant sauter aussi les frontières culturelles, géographiques et linguistiques et en mariant l’identité de Malted Milk à celle d’une grande diva de la soul music qui n’a pas toujours été reconnue à la hauteur de son immense talent ! Mais attention, il ne s’agit pas pour nous de faire le backing band de Toni Green, mais bel et bien de faire naître un projet commun et de le faire vivre ensemble. D’ailleurs, l’album est ni plus ni moins que le témoin de ces échanges et de ces complémentarités, avec des morceaux apportés par Toni, des compos faites par Malted Milk et des titres conçus ou arrangés ensemble.

Après toutes ces années à jouer « entre mecs », ce n’est pas difficile d’intégrer un élément féminin, du surcroît si charismatique ?
Justement ! Le fait que Toni soit plus âgée que nous, avec sa propre culture et sa grande expérience, le fait qu’elle ait connu et côtoyer tous ces musiciens qu’on vénère… c’est vraiment tout cet ensemble de choses qui rend notre rencontre encore plus forte et surtout enrichissante ! Alors, c’est vrai que ce n’est pas évident pour le chanteur-leader que j’ai toujours été dans ce groupe Malted Milk, de me retrouver un peu plus en arrière-plan, bien que je continue à chanter certains morceaux avec elle. Mais c’est aussi une autre façon d’apprendre, en accompagnant une artiste de cette envergure.
Du coup, ce nouveau projet peut aussi vous ouvrir les portes des Etats-Unis ? C’est un rêve, un objectif ?
Il est clair qu’au-delà du plaisir de vivre cette collaboration exceptionnelle, l’idée est de pouvoir ouvrir aussi quelques portes sur l’Europe et sur les States. A l’évidence, quand on est un groupe nantais de musique noire Américaine, on a toujours tendance à nous coller cette étiquette de « blues à la française » qui n’est pas très convaincante ! Donc la présence de Toni nous apporte cette légitimité américaine qui pourrait effectivement devenir notre passeport outre-Atlantique. A l’inverse, pour Toni Green, venir en France c’est aussi vivre de vraies tournées, être reconnue pour son talent et avoir enfin l’opportunité de faire un véritable album qui aurait pu changer le cours de sa carrière américaine si elle avait pu le faire avant. Du coup, la concrétisation s’est faite de façon un peu particulière puisque nous avons coproduit l’album avec Toni et notre tourneur qui croit vraiment en ce projet. Et puis, dans cette aventure, il y a aussi notre directeur artistique Sebastian Danchin (entre autre le programmateur de Jazz à Nice et Jazz Festival à Paris) qui, en fait, est à l’initiative de cette rencontre entre Toni et nous !

Avec le niveau que vous avez atteint, quelles sont aujourd’hui les difficultés auxquelles vous pourriez être confrontés dans votre évolution ?
Je dois dire que depuis quelques années, il s’est passé de belles choses pour Malted Milk mais ça évolue tranquillement parce qu’on ne propose pas non plus une musique qui peut nous faire connaitre autant que Ben l’oncle soul par exemple. On est dans un style qui est mondialement connu certes, mais qui reste une niche musicale, un petit univers. L’idée serait donc de pénétrer ces circuits et d’être reconnu dans ce petit monde-là au même titre que Charles Bradley ou Joss Stone qu’on adore, qui revendiquent une soul vraiment vintage et qui tournent partout ! Mais tout reste relatif et ne dépend pas uniquement de notre volonté. On ne peut pas (et on ne veut pas non plus d’ailleurs) devenir des stars du jour au lendemain !!
Pourtant, devenir des stars c’est un peu le rêve, plus ou moins avoué, de tout musicien, non ?
Si je dois faire un bilan, quasiment 20 ans après la création de Malted Milk, ce que j’aime en retenir c’est que, commercialement parlant, on n’est pas un groupe qui pèse 50 000 albums mais ça ne nous empêche pas de tourner et de conquérir un peu plus de public à chaque fois qu’on passe quelque part ! On ne joue pas sur une réputation, sur des clips qui passent en boucle sur m6, on joue en live devant et pour des gens et c’est ça qui est essentiel ! Aujourd’hui, le succès commercial des ventes de disques n’est pas toujours proportionnel au succès des groupes en tournées. Pour qu’un groupe réussisse, il faut que ses concerts soient bons et nous, on est plutôt dans cette dynamique et cette volonté. Finalement, c’est avantageux pour nous car les programmateurs nous font confiance et c’est pour ça que depuis 4 ans, on fait beaucoup de concerts y compris pour des soirées où les gens ne viennent pas forcément que pour nous, mais repartent généralement assez contents de nous avoir découverts… Et ça c’est cool !!

Tandem, qui vous programme à Toulon ce vendredi 20 mars, a également fait venir fin janvier à Saint-Maximin, Nina Attal, une jeune chanteuse qui a tout d’une grande… Elle aussi fait un peu partie de votre famille ?
Avec Nina, on se connait très bien et à chaque fois qu’on en a l’occasion, on se fait des duos ! C’est pour nous évident de l’inviter sur scène car il y a effectivement un lien fraternel qui nous unit. Quand j’ai connu Nina, elle avait à peine 20 ans, et j’ai immédiatement admiré son professionnalisme et sa capacité à mener ses shows à l’américaine si bien maitrisés ! Moi, à 20 ans, je jouais dans les bars (d’ailleurs j’y joue toujours de temps en temps !), tranquille quoi ! (rires). Et c’est là que tu te dis que les parcours de chacun sont complètement différents, tout en se croisant quand même et en permettant de partager des moments vraiment intenses et passionnés.
Propos recueillis par Christine Manganaro
Plus d’infos sur le concert
– Date : Vendredi 20 mars 2015, à 21h00
– Lieu : Oméga Live, Toulon
– Tarifs : 13 à 16 € (hors frais de location)
– Réservation : Tandem
– Première partie : Scarecrow


