Ce mardi 28 janvier à 10 heures, Toulon a vu ses rues traversées par les élèves des CPGE (Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles) du lycée Dumont d’Urville, manifestant aux côtés de leurs professeurs.
Plus de 200 élèves ont défilé du lycée Dumont d’Urville jusqu’à l’inspection académique devant laquelle ils ont réclamé un entretien avec le Directeur Académique des Services de L’éducation Nationale, porte parole de la rectrice. Aux côtés des étudiants, les professeurs, leur syndicat et le syndicat de la Force Ouvrière se sont partagés le porte-voix pour renforcer l’unité de soutien face à l’administration.

La cause de cette manifestation est que pour la seconde fois en deux ans, le rectorat de Nice envisage de supprimer une classe d’hypokhâgne (première année de khâgne) sur deux, pour la délocaliser à Hyères au lycée Jean Aicard. Autrement dit, la classe d’hypokhâgne ouvrirait l’année prochaine avec une section BL qui inclurait les mathématiques aux matières littéraires, section en partenariat avec l’Université de la Garde située à 22 km de Hyères. « Cette division est insensée du point de vue de la gestion des personnels et des moyens matériels. Elle revient à mettre en cause le pôle d’excellence de Dumont pour en revenir à un saupoudrage des moyens sur le bassin » affirme Laurent Ayache, professeur de philosophie en Khâgne/Hypokhâgne à Dumont d’Urville, face à la décision « brusque » du Rectorat. « Il y a là un mépris insupportable pour la population de Toulon, ils n’auraient pu faire une telle opération à Masséna ». Il semble de plus « qu’aucune concertation n’ait été envisagée entre les enseignants de Dumont d’Urville et le Rectorat » affirme Iris Rachlin, élève de Khâgne.

La manifestation a cependant porté ses fruits, puisqu’après un sitting de plus d’une demie heure et des slogans sans cesse clamés, Emmanuel Pestourie, professeur de littérature en khâgne, et un de ses élèves ont pu s’entretenir avec l’inspecteur académique à midi. « L’inspecteur Académique est prêt à venir vous rencontrer ! » déclare M. Pestourie quelques minutes après

Ainsi, à 14h près de 50 élèves se sont rendus dans une salle du bâtiment CPGE pour s’entretenir avec l’Inspecteur Académique du Var, M. Jean Verlucco, en compagnie de Mme Mekki, responsable de l’enseignement supérieur à Dumont d’Urville, et M. Vieusses, proviseur du lycée.
En une heure et demie, M. Verlucco a tenté de répondre aux nombreuses questions des élèves. Ces derniers ont fait part de leur colère et de leur inquiétude face à ce projet. « Pourquoi limiter l’accès aux classes préparatoires de Dumont d’Urville à 48 élèves alors que ses CPGE littéraires sont des valeurs sûres ? » ; « Pourquoi les priver d’enseignants agrégés, et docteurs en leur matière ? », ou encore « Pourquoi les priver d’un internat aussi grand que celui de Dumont d’Urville, lui qui permet d’accueillir des élèves venant de toute la France, même de l’Outre-mer ? » M. Verlucco répond qu’ « il faut élever le niveau du pôle CPGE du Var, car à ce niveau, Toulon se retrouve coincé entre Marseille et Nice. Le budget ne permet pas de préserver deux classes d’à peine 35 élèves. Il faut élargir les formations CPGE et ne pas avoir à l’idée de les opposer à l’enseignement universitaire.» Quant à la décision précoce de supprimer une division d’hypokhâgne sur le site de l’Admission Post Bac, la réponse sera très brève : « c’est une simple erreur de calendrier », déclare Mr Verlucco. Ce dernier annonce qu’actuellement, « aucune décision n’est prise au niveau ministériel».

Mais l’unité n’est pas convaincue : « Les CPGE installées dans une université sont vouées à perdre leur objectif substantiel, qui est de préparer l’intégration de leurs élèves dans les Grandes Écoles. » Déplore Laurent Ayache, « c’est une politique injuste pour les professeurs, mais surtout pour les élèves : Comment vont-il continuellement basculer de Hyères à la Garde pour suivre cette formation déclassée ? De plus, nous possédons un grand nombre d’options que l’université n’enseigne pas ! »

Les étudiants ne sont pas décidés à lâcher prise : « il faut nous battre jusqu’au bout pour sauver notre prépa » encourage Joël Beuiller à ses condisciples. Les professeurs ont d’ailleurs sollicité le soutien de Robert Alfonsi du parti socialiste, candidat aux élections municipales de Toulon pour défendre la lutte contre ce projet. Ainsi, M. Alfonsi a rédigé un communiqué de presse vantant les mérites de la Prépa Dumont d’Urville, intitulée « Prépas Toulon : Pas Touche ! ». « Mobilisé il y a deux ans contre ce mauvais coup porté au lycée Dumont d’Urville, je le suis tout autant aujourd’hui. J’ai immédiatement interpellé le Ministre de l’Education Nationale pour dire ma surprise et mon mécontentement. Réponse de son Chef de Cabinet : « Nous ne sommes au courant de rien, je me renseigne. » Nous en sommes là. Mais si le projet reste en l’état, nous n’en resterons pas là ! »
Camille B. pour LeVarois.com


