On connaissait les Ripoux au cinéma, avec Thierry Lermite et Philippe Noiret, mais voici que la réalité rejoint la fiction. Ou presque, étant donné la gravité des délits reprochés à un officier Varois.
Gendarme en poste en Corse jusqu’en 2007 cet Officier de Police Judiciaire de 41 ans a été renvoyé devant le tribunal correctionnel par un juge d’instruction Bastiais nous apprend le journal « Leparisien« .
A l’origine de ce renvoi, il y a comme toujours une enquête, qui porte ici sur la tentative de racket d’un établissement Corse de Saint-Florent (Haute Corse). Mais les enquêteurs ne vont pas en rester là et après avoir découvert la queue du serpent, ils vont remonter inévitablement jusqu’à la tête.
Un début d’enquête sur l’île de beauté
Leurs investigations débutent en Corse en 2007 et portent au départ, nous l’avons dit sur une tentative de racket, qui va s’élargir à d’autres faits dissemblables et inattendus mais biens plus graves cette fois- ci.
En effet, l’officier en cause aurait revendu des stocks de drogues saisies prétendument détruits, séquestré un livreur d’une société de téléphonie, mais aussi placé sur écoute téléphonique certaines personnes dans le but de renseigner ses amis du milieu sur les activités de leurs concurrents…
En 2008, alors que « le chinois », comme il se faisait surnommer, a quitté l’île de beauté pour le Var, l’étau se resserre d’avantage autour de lui puisque l’IGN (inspection de la Gendarmerie Nationale) va se pencher sur ce cas alors même que les rumeurs vont bon train sur les agissements du capitaine de Gendarmerie.
Il ne leur faudra que peut de temps pour découvrir le pot aux roses mais aussi tous les délits annexes que nous avons cités. En réalité, le Capitaine mis en cause aurait usé de ses pouvoirs lors de l’enquête sur la tentative de racket du restaurant de Saint-Florent, ceci dans le but de faire échouer les investigations et protéger ainsi ses amis du milieu. Par là même il aurait donc violé le secret de l’instruction en informant ses collègues d’arrestations imminentes.
Une longue liste d’accusations

Les recherches de l’IGN ne vont pas en rester là puisqu’ ils vont découvrir les méthodes de détournement de marchandises saisies. L’officier usait d’un stratagème simpliste, il dressait un procès verbal de destruction de la drogue saisie (qu’il prétendait avoir incinérée) puis revendait ce qui s’avérait être des dizaines de kilos de haschich (plus de deux cents kilos au total), son business se serait maintenu lorsqu’il était arrivé à Fréjus dans le Var.
Ensuite, vient cette triste affaire de séquestration, qu’aurait mené l’Officier de Police sur un livreur d’une société de téléphonie aux alentours de Bastia, alors que le patron de ladite société, ami du Capitaine mis en cause, soupçonnait son employé de vol et s’agaçait des lenteurs de l’enquête régulière. L’une des petites mains ayant participé à cette séquestration a d’ailleurs reconnu « le Chinois » comme étant le maître de l’affaire.
Enfin l’enquête de l’IGN va les mener à la découverte d’écoutes téléphoniques allègrement monnayées (100 € par jour et par personne). Ces écoutes avaient pour but de renseigner des amis suspects du « Chinois » quant à l’activité de leurs concurrents. Pour rappel, ce processus d’écoute téléphonique est strictement encadré par la loi et ne peut être mis en place que dans le cadre d’une enquête pour crime ou délit et doit être ordonné par un juge d’instruction (plus d’infos voir les articles 100 à 100-7 du Code de Procédure Pénale).
L’enquête de l’IGN va rapidement porter ses fruits puisque le Capitaine de Gendarmerie sera arrêté à Fréjus en 2009, placé en garde à vue à Toulon puis déféré devant le parquet de Bastia et mis en examen par le juge d’instruction Vincent Raffray, ce que nous apprenait « Corse Matin » le 28 Mars 2009.
Il est à noter que le trafic mis en place semblait lucratif et ne s’assimilait pas à de simples dessous de tables visant à arrondir les fins de mois. En effet il aurait permit au « Chinois » de jouir d’un « Hummer » régulièrement prêté par l’un de ses amis, de s’acheter une « Porsche Cayenne » ainsi qu’une villa de 540 000 euros dans le Var.
Pour l’ensemble de son œuvre le Capitaine sera jugé par le Tribunal Correctionnel de Bastia en Octobre prochain où il risque le maximum en matière délictuelle, c’est à dire dix ans de prison, ainsi qu’une forte amende (plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’euros) mais aussi la fin de sa carrière de Gendarme et de toute autre fonction où le devoir de probité s’impose…
Le prévenu clame son innocence en niant les faits qui lui sont reprochés, nous ne manquerons pas de suivre cette affaire!


